La cybercinétose, ou mal des transports en réalité virtuelle, désigne les nausées, vertiges ou la désorientation que certaines personnes ressentent pendant une séance VR. Elle vient d’un décalage entre ce que voient les yeux et ce que perçoit l’oreille interne. Tous les apprenants ne sont pas concernés, et pour ceux qui le sont, les causes principales se corrigent le plus souvent : le réglage du casque, la gestion du mouvement dans le scénario et le rythme de la première séance. Rien de tout cela n’oblige à renoncer à la formation VR. Il faut simplement construire le déploiement autour de ces trois leviers.
Le réflexe qui consiste à incriminer le sexe ou l’âge se révèle en grande partie erroné. Les solutions efficaces (un casque bien réglé, la téléportation plutôt que le déplacement continu, une première séance courte plutôt que longue) ne coûtent rien et s’appuient sur la recherche.
D’où vient la cybercinétose
La cybercinétose naît d’un conflit sensoriel. Les yeux signalent un mouvement, par exemple un décor qui défile ou un corps virtuel qui marche, tandis que le système d’équilibre de l’oreille interne indique que le corps reste immobile. Le cerveau ne sait plus quel signal croire, et ce décalage se traduit par des nausées, une fatigue oculaire ou une désorientation. C’est le même mécanisme que le mal de voiture ou le mal de mer, déclenché ici par une scène visuelle et non par un mouvement physique.
Plus fréquente chez les femmes ? Une question de réglage, pas de sexe
On suppose souvent que la cybercinétose frappe davantage les femmes. Pourtant, une étude de 2020 sur l’écart interpupillaire (IPD, la distance entre les pupilles, à laquelle les lentilles du casque doivent correspondre) a montré que le facteur principal était le mauvais réglage de l’IPD. Lors de deux expériences où les participants faisaient 20 minutes de montagnes russes virtuelles, les femmes dont l’IPD du casque ne pouvait pas être correctement ajusté ont rapporté des symptômes nettement plus forts, toujours présents une heure plus tard. Celles qui avaient un réglage IPD correct récupéraient au même rythme que les participants masculins (Frontiers in Robotics and AI, 2020).
En pratique : vérifiez et ajustez l’IPD de chaque apprenant avant le début de la séance, au lieu de laisser le casque sur son réglage d’usine. Trente secondes suffisent, et la recherche relie directement ce geste à qui sera malade ou non.
Les salariés plus âgés sont-ils plus à risque ? L’âge prédit mal
Une étude de 2023 a suivi 75 participants âgés de 21 à 86 ans, répartis en trois groupes d’âge, pendant un protocole d’exposition à la VR. Elle n’a trouvé aucune corrélation significative entre l’âge et les scores de cybercinétose. Les symptômes augmentaient avec les expositions répétées au cours d’une même séance (d’un score moyen de 20,65 au début à 30,02 ensuite), mais cette hausse était statistiquement indépendante de l’âge du participant (Sensors, 2023).
C’est utile pour planifier une formation à grande échelle. Rien dans les données ne permet de supposer qu’un cariste de 55 ans aura plus de mal avec un casque VR qu’un collègue de 25 ans. Le réglage et le rythme comptent bien plus que la date de naissance inscrite au dossier.
Le mode de déplacement compte plus que la personne qui porte le casque
La façon dont un scénario gère le mouvement pèse davantage sur le risque de cybercinétose que n’importe quelle caractéristique individuelle. Dans une étude de 2025, 15 participants ont parcouru un labyrinthe d’entrepôt virtuel avec trois modes de déplacement, en notant leur inconfort de 1 (aucun) à 5 (sévère) :
| Mode de déplacement | Note de cybercinétose (1–5) |
|---|---|
| Téléportation par suivi des mains | 1,8 ± 0,9 |
| Déplacement à la manette | 2,3 ± 1,1 |
| Déplacement continu avec les pieds (« cybershoes ») | 2,9 ± 1,2 |
Le déplacement avec les pieds a provoqué une cybercinétose significativement plus forte que la téléportation (p = 0,006), alors qu’il paraissait le plus naturel pour marcher. La téléportation limitait le plus l’inconfort mais ralentissait la navigation ; le déplacement à la manette se situait entre les deux sur ces deux critères (Scientific Reports, 2025).
Les recommandations de Meta aux développeurs VR arrivent à la même conclusion côté conception. Elles conseillent la téléportation et la rotation par paliers plutôt que le déplacement fluide continu, d’éviter les accélérations brusques et les changements de direction rapides, et de bien régler l’IPD, autant de mesures de confort de base (Meta, 2026).
Est-ce que ça passe avec l’habitude ?
Pour la plupart des gens, oui. Une étude de 2025 a comparé un groupe à exposition répétée, qui faisait de courtes séances VR sur quatre jours distincts, à un groupe témoin qui n’essayait la VR qu’une fois. À la quatrième séance, le groupe à exposition répétée rapportait une cybercinétose nettement plus faible que le groupe témoin lors de son unique essai. Les chercheurs parlent d’atténuation de la cybercinétose par exposition répétée (IEEE Transactions on Visualization and Computer Graphics, 2025).
Autrement dit, la première séance VR d’un apprenant est proche du pire scénario pour lui. C’est lors de la deuxième et de la troisième séance courte, espacées de quelques jours, que l’essentiel de l’inconfort disparaît.
Check-list pratique pour le déploiement
| À faire | Pourquoi |
|---|---|
| Régler l’IPD de chaque apprenant avant de commencer | C’est le premier facteur corrigeable des symptômes sévères |
| Commencer par des scénarios statiques ou avec téléportation | Ce sont les notes de cybercinétose les plus basses parmi les modes comparés |
| Garder la première séance courte, puis la répéter dans la semaine | Des expositions courtes et répétées réduisent les symptômes plus vite qu’une longue séance |
| Laisser chacun retirer le casque à tout moment, sans justification | Les symptômes sont une réaction physique et ne disent pas que la personne est inapte à la VR |
| Ne pas présumer du risque selon l’âge ou le sexe | Aucun des deux ne prédit la cybercinétose une fois le réglage et le déplacement maîtrisés |
Bien choisir le premier scénario
Tous les scénarios de formation VR n’impliquent pas autant de mouvement, et c’est un atout à exploiter pour une première séance. Un scénario statique et pratique comme Fire Extinguisher Basic Training ou Workplace Hazard Spotting demande à l’apprenant de rester au même endroit et d’agir sur ce qui se trouve devant lui, sans parcourir un grand espace virtuel. C’est une entrée en matière plus douce qu’un exercice d’évacuation complet, avec une vraie valeur pédagogique : les deux scénarios font partie de notre catalogue de formations santé-sécurité et incendie.
Parcourez le catalogue de formations VR pour repérer les scénarios adaptés à une première séance prudente, et complétez avec les preuves plus larges sur l’efficacité de la pratique immersive, présentées dans pourquoi la formation VR est plus efficace que la formation traditionnelle.
En résumé
La cybercinétose existe, mais elle n’a rien d’aléatoire et ne définit pas une catégorie de « personnes incapables de faire de la VR ». Un casque bien réglé, un mode de déplacement qui privilégie la téléportation, et une première séance courte suivie d’une deuxième quelques jours plus tard répondent à l’essentiel des causes identifiées par la recherche. Construisez votre pilote autour de ces trois leviers plutôt qu’autour d’idées reçues sur qui, dans l’équipe, aura du mal. Pour suivre ensuite les séances et les résultats de chacun, notre LMS VR centralise les données de formation.




