La formation sécurité en ligne en Allemagne est autorisée, mais seulement comme outil d’appui. La DGUV, fédération des assureurs accidents du travail allemands, le dit clairement dans son document FBORG-004 : l’instruction peut passer par des médias électroniques si les salariés peuvent poser des questions à voix haute et si quelqu’un vérifie qu’ils ont compris. Envoyer un lien vers un module et suivre le taux de réalisation ne constitue pas une instruction au sens du droit allemand.
Cela vaut pour l’e-learning, la visioconférence et les casques VR. Ce guide explique ce qu’exigent le § 12 de la loi sur la santé et la sécurité au travail (ArbSchG) et la DGUV Vorschrift 1, où la DGUV fixe les limites des formats électroniques, et à quoi ressemble une démarche qui tient face à un contrôle. En allemand, cette obligation s’appelle Unterweisung ; nous parlons ici d’« instruction ».
Ce qu’exigent le § 12 ArbSchG et la DGUV Vorschrift 1
L’employeur doit instruire ses salariés de manière suffisante et appropriée pendant le temps de travail, avec des consignes et des explications adaptées à leur poste ou à leurs tâches. La DGUV Vorschrift 1 ajoute : au moins une fois par an, et l’instruction doit être documentée. Aucun des deux textes n’impose de support.
Le texte figure au § 12 ArbSchG (gesetze-im-internet.de, en allemand). L’instruction est due à l’embauche, lors d’un changement de tâches et à l’arrivée de nouveaux équipements ou technologies, à chaque fois avant la prise de poste. Pour les intérimaires, l’obligation incombe à l’entreprise utilisatrice.
Le § 4 de la DGUV Vorschrift 1 avec le commentaire de la DGUV Regel 100-001 (BGHM, en allemand) fixe le minimum annuel. D’autres règles sont plus strictes : les jeunes travailleurs doivent être instruits tous les six mois selon le § 29 de la loi allemande sur la protection des jeunes au travail.
Pour la forme, c’est la Regel 100-001 qui compte. L’instruction doit être donnée sous une forme et dans une langue compréhensibles. Le responsable doit s’assurer que le contenu a été compris, et les salariés doivent pouvoir poser des questions. Le commentaire en tire lui-même la conclusion : remettre des documents à étudier seul ne suffit pas.
Ce que dit la DGUV sur les médias électroniques
La DGUV accepte l’instruction électronique quand elle s’accompagne de la possibilité d’explications orales complémentaires, en individuel ou en groupe, par exemple par appel vidéo ou téléphonique. Deux conditions s’appliquent toujours : une vérification de la compréhension, et la possibilité pour les participants de poser leurs questions oralement.
C’est le point 3.5 du document FBORG-004 « L’instruction en télétravail » (DGUV, 2021, en allemand). Il a été rédigé pour le télétravail, mais ses indications sur les médias électroniques sont générales. Il cite un cas explicitement insuffisant : suivre seul un logiciel d’instruction, sans contact oral ni possibilité de poser une question.
Comment vérifier la compréhension ? Le FBORG-004 propose trois moyens : poser des questions, faire montrer ou décrire la procédure, ou mener un échange entre le formateur et le salarié. Un quiz en fin de module peut en faire partie. Il ne remplace pas l’échange.
La Regel 100-001 ajoute un point. Avec des outils électroniques, certaines procédures et certains comportements peuvent devoir être enseignés en pratique. Et ce sont les responsables hiérarchiques qui vérifient l’efficacité de l’instruction.
Les limites des formats électroniques
L’instruction allemande porte sur le poste concret, alors que les médias électroniques restent souvent plus généraux. La DGUV cite des cas où ils ne suffisent pas : situations de danger complexes, travail sur machines, mise en place et utilisation correcte des appareils respiratoires et autres équipements de protection individuelle.
La page de la DGUV sur l’instruction assistée par voie électronique (DGUV, en allemand) en cite aussi les avantages : l’apprenant peut être n’importe où, le personnel mobile est atteint, les contenus peuvent être multimédias et multilingues. Les gestes pratiques doivent toutefois continuer à être exercés concrètement.
Les questions propres au site se généralisent mal. Où est le point de rassemblement du hall 3 ? Qui consigne la ligne avant la maintenance ? Il faut quelqu’un qui connaît le site pour y répondre.
Documentation et signature
La DGUV Vorschrift 1 exige de documenter l’instruction, sans imposer de forme ni de signature. Certaines réglementations de l’État demandent explicitement un écrit ou une signature. Pour des raisons de preuve, la DGUV recommande malgré tout de consigner chaque instruction par écrit.
Pour les signatures électroniques, le point 3.8 du FBORG-004 distingue trois cas. Une image de signature collée dans un document n’est pas une preuve claire. Un document signé à la main puis scanné convient mieux. Si la signature doit avoir valeur juridique, la DGUV renvoie à la signature électronique qualifiée (QES).
En pratique, l’enregistrement indique la date, le thème, le formateur et les participants. Une plateforme qui stocke les réalisations avec date et résultat couvre cette partie automatiquement. La partie orale doit malgré tout être notée.
Logiciels d’instruction certifiés
La certification n’est pas obligatoire. Les assureurs accidents recommandent toutefois des produits testés, et l’organisme de certification de l’IAG au sein de DGUV Test certifie volontairement les outils électroniques d’instruction selon ses propres principes d’essai.
Le point 3.6 du FBORG-004 résume ces exigences. Le produit est livré avec une documentation qui permet aux formateurs d’en évaluer les possibilités et les limites. Cette documentation rappelle clairement l’obligation d’une instruction orale complémentaire. Le programme lui-même le rappelle au moins au début et à la fin de chaque module.
Même un programme certifié ne suffit donc pas seul. La certification atteste justement qu’il réclame la partie orale.
La place de la VR dans l’instruction
La VR est un outil électronique et suit les mêmes règles. Son atout se situe là où l’e-learning classique est faible : la pratique. Les situations dangereuses se répètent sans risque, et l’instruction gagne la composante pratique que la Regel 100-001 demande avec les outils électroniques.
L’Institut pour la sécurité et la santé au travail de la DGUV (IFA) a testé cette approche. Chez Airbus, l’usage des protections antichute était expliqué lors de l’instruction annuelle, surtout à l’aide d’une présentation. Avec l’assureur accidents BG ETEM, l’IFA a conçu une formation VR sur un poste virtuel situé sur une aile d’avion, pour compléter la présentation par des éléments pratiques (IFA, fiche projet n° 0416, 2020, en allemand). Les premiers tests ont montré que les utilisateurs respectaient la hauteur virtuelle. L’IFA cite aussi les limites : pas de sensation tactile et, chez certaines personnes, vertiges et malaise, ce qu’on appelle le mal de la VR.
Un déroulé qui fonctionne : le responsable ouvre la séance et explique les particularités du site. Les salariés s’exercent dans le casque, par exemple au travail en hauteur ou au repérage des dangers au poste de travail. Viennent ensuite les questions et un court échange qui sert de vérification. Le LMS VR enregistre qui a terminé quel scénario, quand et avec quel résultat.
Notre page sur la formation sécurité en VR en Allemagne (en allemand) explique comment nos scénarios répondent aux obligations allemandes.
Check-list pour la formation sécurité en ligne en Allemagne
- L’évaluation des risques précise ce qui est transmis par voie électronique et ce qui est enseigné sur place.
- Chaque module électronique a un interlocuteur désigné pour les questions, en direct ou par vidéo.
- La compréhension est vérifiée par des questions, une démonstration ou un échange. Un simple bouton « lu » ne compte pas.
- Les points propres au site (point de rassemblement, numéros d’urgence, consignation) sont expliqués par quelqu’un qui connaît le poste.
- L’enregistrement indique la date, le thème, le formateur et les participants, partie orale comprise.
- Le délai annuel court à partir de la date de la dernière instruction.
Pour comparer avec d’autres pays, lisez notre article sur la formation sécurité obligatoire en France et celui sur la formation santé et sécurité au Royaume-Uni. Tous les scénarios sont dans notre catalogue de formations VR.




